Reconnaître la pitié de soi

chat qui semble perdu dans ses pensées

Définition

La pitié de soi est le fait d’être malheureux à propos de ses problèmes et difficultés de façon excessive et égocentrique. Elle cherche à se faire passer pour de l’autocompassion (de la compassion envers soi-même), mais c’est en fait une mentalité néfaste qui veut nous garder captifs de pensées négatives. Elle puise dans nos souffrances passées et présentes pour nous garder prisonniers de la négativité, du désespoir, du découragement, de l’immobilisme, de la passivité…

La pitié de soi inspire des pensées telles que :

  • Personne n’est là pour moi, personne ne m’aime, personne ne se préoccupe de moi, personne ne me comprend…
  • Dieu n’est pas là, Dieu m’a abandonné, Dieu ne fait rien pour moi dans ma situation, Dieu ne répond pas à mes prières, …
  • Rien de bon ne m’arrive
  • Ma vie est nulle
  • Les choses ne changeront jamais pour moi, ma vie ne changera jamais, j’ai tout essayé, …

Origines

La pitié de soi est, selon la psychologie, est un mécanisme d’adaptation que nous développons durant l’enfance de façon assez spontanée, pour communiquer que nous souffrons, que les choses ne se déroulent pas comme nous le voudrions, ou que nous n’obtenons pas ce que nous voulons. Cependant, si c’est un comportement que l’on peut comprendre et que l’on tolère de la part d’un jeune enfant, nous devrions en grandissant appendre à réagir différemment, et développer des comportements face à la tristesse, la douleur, la déception, etc… plus sains et constructifs. Mais cela n’a souvent pas lieu faute de modèles appropriés et d’équipement. Autrement dit, personne ne nous a montré l’exemple, personne ne nous a appris à le faire.

Les personnes qui sont le plus en proie à la pitié de soi sont souvent les personnes qui n’ont pas été aimées ou équipées émotionnellement à sortir de leur zone de confort et surmonter les difficultés. Elles ont manqué de cet amour qui nourrit, fortifie et construit intérieurement, par conséquent dans les moments de désespoir émotionnel, elles se replient sur elles-mêmes et se « noient » dans leur douleur, vide intérieur et tristesse.

Ainsi, la pitié de soi se développe souvent chez les personnes qui ont été négligées ou abusées dans leur enfance. En effet, lorsqu’un enfant fait face à de la négligence, c’est-à-dire que ses besoins ne sont pas comblés, et ce de manière répétée, que ces besoins soient physiques, matériels (nourriture, vêtements, abri, …) ou émotionnels (affection, encouragement, consolation, etc…), il se retrouve à devoir faire face seul à ces sentiments de détresse, et n’ayant pas encore les outils pour y faire face de manière constructive, et étant souvent impuissant face à ce qu’il traverse, il intègre qu’il est seul et impuissant face à ses circonstances. Ces sentiments deviennent familiers, et son seul refuge dans les difficultés. De façon similaire, un enfant abusé intègre le message que les personnes qui sont censées le protéger sont en fait un danger pour lui, et donc également qu’il est seul et impuissant face à ses circonstances. Le terrain pour la pitié de soi est mis en place.

La pitié de soi prend racine et se nourrit de la haine de soi, du rejet et du désespoir.

Caractéristiques et conséquences de la pitié de soi

La pitié de soi est d’une certaine manière addictive, dans le sens où elle devient un réflexe dans lequel nous trouvons une forme de réconfort perverti dans lequel nous nous réfugions en cas de contrariété ou lorsque nous ressentons de la douleur ou une émotion négative. Comme le but de l’ennemi est de nous garder captifs de sentiments et de raisonnements négatifs, nous nous retrouvons comme happés par une spirale de négativité, de découragement et d’émotions négatives.

Et comme elle nous procure un certain réconfort, principalement de par sa familiarité (c’est quelque chose de connu pour nous), nous ne cherchons pas vraiment à en sortir, parce que cela nous demande des efforts. Quand nous sommes dans l’œil de cette spirale, comme dans un tourbillon, nous sommes comme aspirés par elle, et en sortir semble demander un effort insurmontable. Nous nous complaisons alors dans la compassion et l’attention que nous recevons des autres quand nous faisons le récit des malheurs que nous avons traversés, et la peine que nous avons endurée.

Nous pouvons également utiliser la pitié de soi comme un mécanisme de protection et de défense lorsque quelqu’un challenge nos croyances et pensées limitantes, comme excuses pour ne pas aller de l’avant et changer. Les personnes addictes et les personnes à tendances narcissiques en particulier ont tendance à utiliser ce mécanisme.

La pitié de soi est un moyen de fuir notre vie et/ou nos émotions et de développer une forme d’apathie spirituelle et émotionnelle, où nous perdons tout espoir pour le futur. La pitié de soi nous déconnecte du processus de gestion et de traitement de nos émotions, de notre douleur, du travail sur nous-mêmes, de la nécessité de prendre nos responsabilités et aller de l’avant.

Comme la pitié de soi trouve racine dans la haine de soi, les personnes qui ont développé cette mentalité ne prennent pas bien soin d’elle : sommeil, nourriture, exercice… Quand elles se font aider (pasteur, conseiller, psychologue, etc…), elles stoppent généralement la relation d’aide lorsque le conseiller commence à les confronter et les mettre face à leurs responsabilités, parce qu’à nouveau, elles ne sont pas prêtes à faire les efforts pour changer. Elles peuvent alors chercher une autre personne qui va manifester de la compassion, et perpétrer ce cycle encore et encore. Lorsque la pitié de soi est confrontée, sa réaction est généralement de se mettre en colère et de se justifier.

La pitié de soi combat la joie, nous vole notre joie et nous donne d’être irrités quand les autres sont joyeux.

La pitié de soi produit de l’incrédulité : nous résistons à la foi, l’espoir, la présence et l’amour de Dieu dans notre situation (Hébreux 3 :12-13). L’incrédulité est l’inhabilité à se laisser convaincre (« ma vie est nulle et je refuse de croire que cela peut changer »). C’est l’image des Israélites coincés et tournant en rond dans le désert à cause de leur incrédulité, leur manque de foi en Dieu.

En conséquence la pitié de soi détériore notre vie de prière : nous avons tendance à passer notre temps devant Dieu à nous plaindre de notre vie, de ce qui ne va pas, de nos problèmes, etc…

De la même façon, la pitié de soi détériore également nos relations avec les autres : le nuage de négativité que nous transportons partout avec nous finit par repousser les personnes plus positives qui n’ont pas envie de se laisser tirer vers le bas, et nous nous retrouvons entourés de personnes qui nous ressemblent, avec lesquelles nous entretenons nos pensées et sentiments négatifs.

La pitié de soi nous amène à développer une autre mentalité, qui est celle que tout nous est dû : nous nous focalisons sur ce dont nous manquons, sur le manque, sur ce que nous n’avons pas ou n’avons pas eu, et que nous considérons à présent comme un dû, comme un droit, comme une obligation que Dieu et/ou les autres ont ou avaient envers nous, plutôt que sur ce que nous avons ou avons eu effectivement. Et ce sentiment est renforcé par la culture actuelle (particulièrement en occident), qui entretient fortement cet état d’esprit.

La pitié de soi et la dépression (et le burnout) sont liés et s’alimentent mutuellement. La pitié de soi a tendance à entraver le processus de guérison de la dépression.

La pitié de soi se manifeste le plus quand nous sommes dans une situation qui nous challenge, nous étire, ou lorsque nous atteignons une zone de limites/limitations dans notre vie, ou quand nous sommes confrontés à devoir changer dans un domaine.

Enfin, la pitié de soi est une forme d’orgueil : au lieu d’être humbles pour reconnaître que nous avons notre part de responsabilité, au moins dans la manière dont nous faisons face à ce qui nous arrive, nous sombrons dans le découragement, rejetant ainsi l’amour de Dieu pour nous, son amour qui peut nous réconforter, nous fortifier et nous équiper pour nous rendre capables de surmonter nos difficultés.                                                                     

Pour récapituler, la pitié de soi est l’arme de l’ennemi pour :

  • Nous apprendre à nous réfugier dans une mentalité toxique, plutôt que de trouver notre réconfort en Dieu
  • Nous garder bloqués dans des douleurs et souffrances du passé et nous empêcher de sortir de l’état de blessé pour expérimenter une liberté nouvelle
  • Nous garder liés dans des schémas relationnels destructeurs, qui nous empêchent d’expérimenter la beauté de l’intimité (relationnelle) et des relations aimantes
  • Nous garder focalisés sur le négatif, les déceptions et la noirceur
  • Créer une séparation entre nous et Dieu, et nous garder dans une vision déformée (fausse) de Dieu
  • Nous empêcher d’assumer la responsabilité de notre vie et de prendre des décisions déterminantes qui pourraient changer le cours de notre histoire
  • Nous épuiser, nous décourager, ainsi que tout le monde autour de nous
  • Nous convaincre que nous en sommes là où nous en sommes parce que nous n’avons pas tiré les bonnes cartes dans la vie, nous n’avons pas (ou pas eu) accès aux bonnes opportunités, au bon environnement, au bon milieu social, etc… et que si nos circonstances étaient différentes, notre vie serait mieux et nous serions plus heureux
  • Nous convaincre que les choses ne peuvent pas changer, que nous avons tout essayé mais que rien n’a marché
  • Nous empêcher de voir les bonnes choses de notre vie ou la beauté de notre parcours ; nous concentrer sur ce qui nous semble mauvais, ce qui ne se produit pas, les mauvaises choses qui nous sont arrivées, là où nous ne semblons pas être arrivés ou là où les choses ne semblent pas changer.
  • Nous enseigner à interagir avec Dieu et les autres principalement à travers l’angle de nos problèmes ; nous utilisons nos problèmes pour attirer l’attention
  • Nous rendre orgueilleux, têtus et « inenseignables » ; nous rejetons les enseignements, instructions et suggestions que nous recevons de la part des autres, ou nous ne les mettons pas en pratique.
  • Nous garder dans un chagrin et des pleurs improductifs.
  • Nous empêcher de recevoir amour et consolation véritables
  • Nous convaincre que les autres ne nous aiment pas
  • C’est l’outil que l’ennemi utilise en dernier recours/ressort pour nous garder captifs du passé, quand tout le reste a échoué

Comment se libérer de la pitié de soi ?

Nous pouvons avoir des moments de découragement, chagrin, etc… et avoir besoin de l’exprimer, mais après nous devons revenir à la sobriété, ou la rechercher, et nous demander : « ok, qu’est-ce que je dois/peux retirer (comme enseignement) de la situation ? Y a-t-il des choses que je peux/dois changer dans ma vie ? Mon caractère ? Mon comportement ? Y a-t-il une/des actions à mener ?

La Bible nous parle du sage et du fou (principalement dans les Proverbes) :

  • Le sage :
    • Ecoute les conseils sans être toujours sur la défensive
    • Reconnait sa responsabilité et ne cherche pas à blâmer les autres
    • Met en pratique les conseils et passe à l’action quand il y a des changements à mettre en place
  • Le fou :
    • Est toujours sur la défensive
    • Prend rarement ses responsabilités et blâme constamment les autres
    • Repousse toujours le moment de mettre des changements en place

Quelques propositions de pas pour se libérer de la pitié de soi :

  1. Rechercher à adopter une position d’humilité (« Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu », 1 Pierre 5:6) : «Seigneur, je me soumets à ton autorité », avoir le courage d’admettre les domaines de notre vie où nous nous réfugions dans la pitié de soi. Souvent la pitié de soi est liée à beaucoup de culpabilité et de honte, ce qui fait obstacle au processus d’humiliation/humilité (la pitié de soi est une façon de cacher/couvrir sa honte). Mais dans l’humilité, accepter d’apprendre à se comporter différemment.
  2. Identifier avec honnêteté les domaines de la vie où nous réagissons par la pitié de soi.
  3. Prendre la décision de se positionner fermement contre : politique zéro tolérance ; c’est dur, car cela signifie renoncer totalement à utiliser la pitié de soi comme refuge et réconfort.
  4. Apprendre à faire face à sa souffrance/douleur de façon plus constructive.
  5. Apprendre à remettre en question ses déclarations de désespoir.
  6. Se désintoxiquer des plaintes.
  7. Recevoir le véritable amour de Dieu, qui guérit et qui fournit également toujours la capacité d’aller de l’avant.
  8. Embrasser l’antidote de la pitié de soi : gratitude et reconnaissance. Il est quasi-impossible d’être dans la gratitude et la pitié de soi en même temps.
  9. Prendre la responsabilité d’embrasser le changement.
  10. Se repentir et renoncer à l’œuvre de la pitié de soi.
  11. Renoncer à continuer de faire de nos circonstances notre Dieu.
  12. Arrêter de se prendre tellement au sérieux et apprendre à se réjouir avec les autres.

Le but de cet article n’est pas de te faire sombrer dans la culpabilité, la honte et/ou l’auto-condamnation. Le but est d’apporter de la lumière sur les ténèbres que l’ennemi a vite fait de semer dans nos vies. Personnellement, ce qui m’aide, c’est de me dire que personne n’est parfait et personne n’est venu au monde avec le mode d’emploi. Oui nous recevons une éducation, des valeurs, mais rarement tout l’équipement nécessaire pour faire les bons choix en toutes circonstances. Surtout pour ceux d’entre nous qui ont particulièrement subi de la négligence dans leur enfance, voire des abus. Après tout, c’est pour cela que nous avons tous besoin du salut en Jésus. Donc le but n’est pas d’adopter un discours moralisateur et condescendant, comme c’est souvent le cas dans l’église. Nous avons tous des domaines où nous avons à apprendre et à progresser. Je pense que c’est avant tout ce que le Seigneur nous demande : pas la perfection, mais la progression. D’avancer dans le bon sens. Cela demande de l’humilité, mais le jeu en vaut la chandelle.

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